Il n’y a pas que les humains capables d’exploits…

Par un inutilement beau matin de semaine, alors que je me rendais au travail à bord de ma voiture dont le panache tient maintenant dans le simple fait qu’elle roule, je remarque une jeune sauterelle de cocotier posée sur mon rétroviseur. Depuis le 7e km, je me dirige vers l’ancre marine, une goutte d’angoisse coule sur mon front. En tant qu’amie des bêtes, et souhaitant qu’elle arrive saine et sauve à destination, j’évite soigneusement les nids de poule et les freinages d’urgence (voilà j’ai trouvé le truc pour respecter les distances de sécurité !). Mais je ne m’inquiète pas trop pour cette petite créature verdoyante aux mandibules proéminentes, me disant qu’elle trouvera sans difficulté un autre bosquet où manger.

Je finis par arriver sur mon parking quotidien, la sauterelle bien campée sur ses 6 pattes, entière. Me voilà partie au travail, enviant presque le destin de cette voyageuse qui explorera très vite un nouveau monde, d’autres sauterelles qui n’ont sans doute pas la même culture et des feuilles qui ont sûrement un goût différent… que de découvertes passionnantes !

Ma journée au travail se passe, ni bien ni mal, juste une journée banale d’à peu près neuf heures derrière mon ordinateur. J’arrive devant ma voiture pour reprendre le cours de ma vie personnelle, enfin. Mais qui vois-je sur mon rétroviseur ? La sauterelle, tranquille.

Allez ma grande, on rentre à la maiz ! Tes copines te manquent sûrement, ou alors les feuilles ici ont mauvais goût, ou il y a trop de bruit, de pollution, ou t’es tombée sur un moineau qui t’as mal parlé… Peu importe, on a tous des milliers de raisons de ne pas bouger.

Nous voilà cette fois dans les bouchons, on se prend des grosses bourrasques de vent, tes ailes se plient, dans un sens, dans l’autre, j’ai l’impression qu’elles vont craquer ou te faire valser vers le ciel ou t’écrabouiller sur le pare-brise d’une voiture en face. Tu ne sais plus comment mettre tes pattes qui  cherchent une accroche stable sans la trouver réellement, le stress est à son paroxysme !

 

Puis la jolie sauterelle décide de remonter sur le haut du rétroviseur, bien face au vent. Les antennes plaquées en arrière, elle n’a pas peur des camions, ni des motards, ni même des mamies qui baladent leur bichon, ni des blondes courant cheveux au vent, elle est à fond ! Si elle avait une voix, elle dirait sûrement « yihaaaaaaaa ! ».

Après nos quarante minutes de voyage, nous voilà revenues à la maison, où nous étions il y a onze heures environ. Je rentre et la laisse où elle est, immobile. Plus tard, lorsque je regarde à l’endroit où elle a voyagé, la sauterelle a disparu. Elle est sûrement en train de raconter son exploit à ses copines avec d’un gros trois feuilles… de cocotier.

 

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