Tout comme le punk, être rasta ne se limite pas à porter des dreadlocks. Le rasta applique une philosophie de vie à l’origine tirée de la Bible : le rastafari. Mouvement social, culturel et spirituel né en Jamaïque, il a émergé dans le but de redonner une fierté et une place digne à l’homme noir, en le détachant de l’identité coloniale et de la société occidentale, et en le rapprochant de ses racines africaines. Le rasta adopte alors plusieurs préceptes tirés de la Bible comme le fait de ne pas se couper les cheveux, ne plus boire d’alcool et même devenir végétarien…

 

Origine du mouvement

Pour tout le monde, le mouvement rasta vient de la Jamaïque. Ce pays a longtemps été le théâtre de multiples occupations, une terre d’oppression et d’esclaves. Elle est une colonie britannique de 1670 à 1962. L’esclavage y est aboli en 1833. À la fin du XIXe siècle, apparaissent des mouvements éthiopianistes basés sur des lectures et interprétations de la Bible. Dans les années 20, le Jamaïcain Marcus Garvey leader noir très populaire, lançait souvent dans ses discours une phrase qui allait marquer le lancement du mouvement rasta : « regardez vers l’Afrique, où un roi noir doit être couronné ». En 1930, sa prophétie se réalisa : un nouvel empereur fut couronné en Éthiopie, Hailé Sélassié. Son sacre fut très médiatisé, et il apparut comme un messie noir : le mouvement rastafari était né. Le mot « Rastafari » vient de Ras Tafari de ras, tête (mais ici «leader, seigneur»), et Tafari, «Celui qui sera Craint». Tafari est le prénom de naissance donné à Hailé Sélassié Ier, (de Haile, «puissance» et Selassie, «trinité», en amharique) empereur d’Éthiopie de 1930 à 1974. Il est ainsi reconnu comme un personnage sacré du fait de son ascendance qui remonterait aux rois bibliques Salomon et David selon la tradition éthiopienne, mais également par la signification de son nom de naissance, comme de celui choisi par les prêtres de l’église orthodoxe éthiopienne pour son sacrement. Le choix et la signification des noms ont en effet une importance essentielle dans la culture africaine

Pour d’autres, le rastafarisme tirerait sa véritable origine en Inde, particulièrement du shivaïsme qui fait partie de l’Hindouisme. Shiva, garde de longs cheveux en dreads, toujours plongé en méditation. Il est une divinité particulièrement vénéré de cette religion.

 

Comment définir un rasta ?

Il est spirituel et rejette le matériel

Le rasta : religieux ou philosophe ? Cela dépend des individus ! Le rasta originel jamaïcain vénérait Hailé Sélassié, considéré comme une incarnation de Dieu, appelé « Jah » (abréviation de Jéhovah). Quoi qu’il en soit de nos jours, les rastas conçoivent leur mouvement comme un mode de vie, une façon de concevoir le monde et tout ce qui le forme depuis sa création. Au départ, la foi rasta permet avant tout à énormément de Jamaïcains pauvres de retrouver une dignité et un sens à leur vie complexe, en restant détachés de l’identité coloniale et ancrés dans leurs racines africaines. L’idée universelle de base étant d’«être soi-même» et de «se connaître». La culture rasta est un tout constitué par l’agrégation d’un certain nombre de croyances, de coutumes et de traditions. Il est ainsi vain de proposer une caractérisation exhaustive et universelle de la culture rasta. Celle-ci est au contraire basée sur la différence et se revendique comme une unité dans la diversité.

Certains passages de la Bible sont particulièrement importants dans les croyances rasta.

Dans la bible, Babylone est le symbole de la corruption et de la décadence, elle représente une société mercantile où tout s’achète et tout se vend, déshumanisée et pervertie. « Babylone » est d’abord la figure de l’esclavagisme et de tous ceux qui y participent, activement ou passivement. Ce refus trouve ses racines dans la Bible, où les Hébreux sont libérés du joug de Pharaon grâce au Dieu de Moïse. Puis, par extension, le concept va s’étendre à l’ensemble des aspects qu’ils rejettent dans la société importée par les colons, comme le matérialisme, l’argent, le capitalisme, la police… Ici aussi, les limites du concept sont assez floues et peuvent fluctuer d’un rasta à un autre…

Toujours en s’inspirant de la Bible (Jérémie 51), les rastas pensent fréquemment que la civilisation occidentale a perdu les valeurs principales (la nature, le respect, l’amour de l’autre…) au profit d’une société basée sur l’argent, la réussite personnelle et de plus en plus éloignée de la nature. Ainsi, de la même façon que Dieu avait détruit la cité de Babylone qui avait péché par excès d’orgueil, les rastas prophétisent la chute du dispositif («shitstem») de Babylone.

Cependant ils pensent que la Bible ne représente que la moitié de leur histoire : «Half the story has never been told». L’autre moitié résiderait dans le cœur de chacun.

C’est un guerrier pacifiste

Pacifiques mais fiers, affichant parfois une certaine arrogance, les Rastas dénoncent la société païenne (les personnes sans conscience de l’aspect sprirituel de la vie et de la nature généralement), Babylone, et répandent leur culture dans le monde entier. Les positions des individus se réclamant rastas vont du racisme le plus primaire issu de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme, ou d’un ethnocentrisme noiriste militant, garveyiste à outrance, quelquefois teinté de racisme, jusqu’à une philosophie universaliste profonde, où la recherche de sa propre identité, de son acceptation, de la tolérance et de la nature humaine rejoint les philosophies et ascèses orientales.

Peter Tosh, fréquemment qualifié du Malcom X rasta, ne disait-il pas que n’importe qui veut la paix tandis que lui désire la justice ? («Everyone is crying out for peace, none is crying out for justice» – Equal Rights, 1977).

Il ne s’agit pas non plus de voir dans les rastas de dangereux rebelles prêts à prendre les armes pour détruire la société moderne en vertu de valeurs obscurantistes, car ce n’est totalement pas le cas. Les rastas sont en majorité de paisibles personnes. Simplement, et la musique le montre bien, le message rasta est plus proche d’un message de paix universel que d’un message de résistance, comme le reggæ est plus proche du punk que du rock progressif…

Il prône un comportement sain

Un particulièrement bon exemple de l’influence Biblique est le vœu de Nazarite. Les Rasta, pour expliquer leur mode de vie, se réfèrent fréquemment au vœu de Nazarite, comme présenté dans la Bible (Nombres 6 :1-21). Ce vœu, à caractère temporaire, sanctifie la personne le suivant pour une certaine période pendant laquelle cette personne devra suivre certaines règles de vie. Ces règles sont pour la majorité celles auxquelles se réfèrent les Rasta dans leur mode de vie.

  • Ils ne boivent pas d’alcool : « Si un homme ou une femme entend s’acquitter d’un voeu, le voeu de naziréat (…) il s’abstiendra de vin et de boissons fermentées » (Ancien Testament, Nombres 6-2 et 6-3).
  • Ils sont végétariens : « Vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang » (Ancien Testament, Genèse 9:4) et « Je vous donne toutes les herbes portant semence, et tous les arbres ayant des fruits portant semence : ce sera votre nourriture » (Ancien Testament, Genèse 1:29).
  • Ils ne se coupent ni la barbe ni les cheveux : « le rasoir ne passera pas sur sa tête (…) il laissera croître librement sa chevelure » (Ancien Testament, Nombres 6-5). Leurs cheveux sont emmêlés naturellement ou tressés en nattes qu’on appelle des « dreadlocks », « dreads » ou « locks ».

L’application stricte de ce vœu au mode de vie Rasta n’est pas sans porter à discussion. Avant tout, ce texte et les modalités d’applications du vœu de Nazarite, comme pour énormément de textes de l’Ancien Testament, pose la question du décalage temporaire et culturel. En effet il n’y a qu’à consulter les démarches à effectuer pour rompre le vœu pour comprendre qu’il ne saurait s’appliquer semblablement aujourd’hui.

Ce vœu est censé durer sept ans, alors que le mode de vie Rasta lui, devrait pouvoir se pratiquer toute une vie.

Il porte des dreads… ou pas !

Ainsi, un autre point caractéristique des Nazarites est le port des dreads, port qui est source largement de polémiques. Le débat de savoir si les dreads sont nécessaires à un Rasta est toujours important aujourd’hui. Ainsi, certains Rastas pensent qu’un Rasta sans dreads n’en est pas un, d’autres, comme les membres des Twelve Tribes of Israël ou les Morgan Heritage (surtout avec le titre Don’t haffi dread to be rasta) pensent au contraire que Rasta est avant tout une philosophie de vie et qu’il est particulièrement envisageable d’être un Rasta sans porter de dreads, alors que énormément de dreadlocks ne sont pas nécessairement le signe d’un Rasta.

Enfin, il faut rappeler que le port des dreads est une mode qui s’est instaurée dans les ghettos de Kingston, par une génération de rastas apparue après la destruction du Pinacle. Le port des dreads n’était pas originellement la marque des adeptes de rasta, qui étaient alors les barbus car ils se laissaient pousser la barbe. Ainsi la réponse à l’obligation du port des dreads doit être trouvée par chacun ; mais de nombreux rastas pensent que cette coiffure ne codifie plus l’appartenance à leur mouvement.

Il fume de la weed

Il existe des points de repères caractérisant les croyances rasta, essentiellement le port des dread locks, la consommation de ganja, et les habitudes alimentaires, quoique ces caractéristiques ne soient pas adoptées par tous.

Il écoute du reggae

Le message rastafarien s’est diffusé en partie à travers la musique reggae, pourtant bannie de certaines communautés, pour qui le Nyabighi est la seule musique autorisée.

  • « Le reggae est un reflet de la vie rasta, elle est son écho et non sa source »
  • La présence de jeunes ruraux dans les ghettos de la Jamaïque a joué un rôle. On est ainsi progressivement passé du ska, au rock steady, aux paroles axées sur les relations amoureuses puis à une musique plus spirituelle, le roots reggae. On constate ce changement avec des artistes comme Ken Boothe, Wailers ou encore Max Romeo. Enfin, Bob Marley qui a permis la diffusion du reggae et des principes rastas dans le monde entier.

Contrairement aux idées reçues, le Reggæ n’est pas en soi une marque caractéristique des croyances rasta, mais bien un vecteur servant le message, selon le concept ancestral particulièrement courant dans ces cultures : la transmission orale. Le genre musical le plus proche des rastas est plutôt le Nyabinghi.

Cependant aujourd’hui le reggae est devenu le principal moyen d’expression de la culture rasta.

 

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